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La dépression du post-partum

La période du post-partum et la difficulté parentale sont des sujets qui me touchent particulièrement. J’ai souvent malheureusement constaté le sentiment d’être complètement isolés et démunis qui traverse les parents à l’arrivée de leur bébé.
C’est une des raisons qui m’ont poussée à créer “Mes parents émoi” et à devenir accompagnante parentale.

La dépression du post-partum est un sujet encore terriblement tabou. Mais depuis quelques temps, de nombreux parents et professionnels sortent du silence. Une prise de conscience commence à voir le jour autour de celle-ci, et de l’importance de l’accompagnement et du soutien dans cette période cruciale, pour l’enfant, pour les parents, pour la famille entière, et pour la société.

La différence entre “baby blues” et “dépression du post-partum” :

“Entre 7 et 8 femmes sur 10 traversent une phase de tristesse, de doute, d’hyper-émotivité et d’anxiété après l’accouchement : c’est le baby blues. Il se produit dans les 2 à 3 jours après l’accouchement et correspond à la chute brutale du taux d’hormones (progestérone) et à la montée de lait. Le baby blues ne dure habituellement que quelques jours, mais ce bouleversement physique et psychique peut se prolonger jusqu’à 2 semaines. Si le baby blues ne passe pas, on parle alors de dépression du post-partum. La différence entre les deux est la durée et l’intensité des symptômes”.

La dépression du post-partum concerne 20 % des mères dans les trois premiers mois et 40% entre trois et six mois. Il est très difficile de la reconnaître, ainsi que de la faire reconnaître. Une dépression du post-partum, si elle n’est pas accompagnée ou traitée, peut durer dans le temps, et avoir des conséquences sur le lien d’attachement entre l’enfant et son parent, ainsi que sur le développement de l’enfant.

Les symptômes de la dépression du post-partum :

Les symptômes chez la mère :

  • Plaintes somatiques fréquentes (maux de dos permanents, palpitations, bouffées de chaleur, sentiment d’oppression…)
  • Troubles du sommeil
  • Fatigue constante, irritabilité 
  • Détachement, lassitude inhabituelle
  • Hyperactivité ou atonie 
  • Difficultés de concentration, plus goût à rien, perte d’envie 
  • Pleurs fréquents, colère incontrôlable sans motif précis 
  • Perte de mémoire, oublis importants 
  • Anxiété constante, crise de panique, angoisses…
  • Culpabilisation omniprésente
  • Souhaite partir, disparaître 
  • Se sent un poids pour tout le monde 
  • Pessimisme global, surtout envers le bébé
  • Sentiment de temps arrêté 
  • Ne plus sentir aimée et capable d’aimer
  • Ne ressentir aucune émotion ou paniquer devant l’intensité des sentiments du bébé
  • Être réticente à le prendre contre elle ou au contraire avoir de grosses difficultés à s’en détacher corporellement
  • Avoir la peur permanente qu’il lui arrive quelque chose 
  • Parfois exprimer son désarroi envers son bébé par des gestes brutaux, ou au contraire cacher ses pulsions par des démonstrations d’affection excessives en public
  • Ressentir comme “une rivalité d’existence” avec lui 
  • Avoir des pensées et fantasmes obsessionnelles, des phobies d’impulsion (peur de faire mal à son bébé, peur d’être incestueuse…(à différencier de l’envie de faire mal à son enfant, qui elle, relève de l’urgence psychologique)

Les signes que le bébé peut présenter face à une dépression maternelle :

  • Enfant “symptôme” ou aux besoins intenses 
  • Troubles précoces du sommeil avant même l’installation de son propre rythme de vie 
  • Maladies à répétition 
  • Pleurs incessants, difficultés à s’apaiser, spasmes du sanglot 
  • Prise de poids insuffisante 
  • Maladies
  • Malaises vagaux très brefs dont la cause reste inconnue 
  • Un bébé comme “absent”, faisant peu de bruit 
  • Un bébé ayant des difficultés à se nourrir, une prise d’alimentation trop lente ou au contraire trop rapide (comme s’il devait se remplir pour se rassurer) 
  • Un bébé trop sage qui s’adapte au rythme de la maman, qui se protège dans le sommeil, qui se montre sérieux quand elle est sombre et enjoué quand elle l’est
  • Un bébé comme hostile au monde.
  • Un bébé ne cherchant pas où n’accrochant pas le regard de sa mère pendant l’allaitement ou au contraire “chevillé” a son regard.
  • Un bébé “mou”, sans tonus 

Vous pouvez trouver plus de détails sur ces symptômes sur www.lemoisdor.fr et www.maman-blues.fr.

La dépression du post-partum peut aussi toucher les pères :

A l’heure actuelle, de plus en plus de pères (ou co-parents) souhaitent réellement s’investir auprès de leur enfant. Mais ils peuvent se retrouver confrontés à une société qui leur en demande toujours plus, dans un contexte où leur place est encore peu reconnue et où ils sont très très peu accompagnés émotionnellement. 

La naissance d’un bébé est un chamboulement pour le père, qui peut parfois devenir un véritable cataclysme. 

“Les symptômes chez le père peuvent être la fuite, les addictions, la fatigue intense, l’insensibilité. 7% des pères sont touchés par la dépression du post-partum dans les trois premiers mois puis 25% dans les trois à six mois. On observe une amélioration au cours de la deuxième année.”

Les causes possibles

Voici quelques unes des causes possibles : 

  • Un accouchement où la mère ne s’est pas sentie actrice, voire un accouchement traumatique (pour la mère, ou pour le co-parent)
  • La pression de la société (congé maternité et paternité très courts, reprise de l’activité professionnelle très tôt)
  • Les changements physiques
  • Les changements émotionnels
  • L’allaitement
  • Les pleurs
  • Le manque de soutien
  • L‘image que la société donne de la maternité et du post-partum
  • Son propre vécu (sa naissance, son vécu intra utérin, ses mémoires familiales)

De plus, la femme est chouchoutée pendant sa grossesse, et se retrouve tout à coup mise de côté par l’entourage, les professionnels, et la société, qui se concentrent désormais sur le bébé.

Cette liste est issue du recueil de différents témoignages.
Toutefois, il me semble important de rappeler que la dépression est une maladie, qu’on ne lui trouve parfois aucune cause, et que rien de tout cela n’est de la faute de la personne qui en souffre.

Comment la prévenir ?

  • Préparer son mois d’or : 
    Créer son cercle de soutien logistique et émotionnel, par l’entourage et par des professionnels (sage-femme, doula ou accompagnant parental, consultante en lactation, aide ménagère, osthéopathe, traiteur…).
    Il est essentiel de tout organiser autour du repos du corps et de l’esprit de la mère. Vous pouvez aller lire cet article dans lequel je vous parle de tout ça : https://www.mesparentsemoi.com/le-soutien-du-conjoint-et-de-lentourage-pendant-le-mois-dor/
  • Oser parler, et exprimer ses émotions, son vécu, ses difficultés, ses doutes, sa culpabilité
  • Appréhender pendant la grossesse le lâcher prise
  • Privilégier l’intimité et la tranquillité pour la famille et le cocon est en train de se créer
  • Prendre le temps de récupérer et créer du lien avec son bébé (pour la mère, mais aussi le co-parent) avant de reprendre son activité
  • En parler avec votre sage-femme ou votre médecin
  • Faire appel à un accompagnant parental (ou doula), une association, ou un autre professionnel, en fonction de vos besoins
  • Participer à des rencontres entre parents
  • Oser craquer devant votre bébé et lui exprimer vos émotions (pendant la grossesse et après sa naissance). Cela vous libérera et cela le libérera aussi.

Comment agir lorsqu’elle s’est installée ?

  • Si vous êtes inquiet(e) pour votre conjoint(e), n’hésitez pas à en parler avec elle/lui, et à évoquer vos difficultés à un professionnel ou une association.
  • Si vous êtes inquiet(e) pour un de vos proches, n’hésitez pas à lui en parler, et à en parler à un professionnel. 
    Si vous voulez être présent et soutenant pour ce proche, montrez-vous à l’écoute, bienveillant, et surtout sans jugement.
  • En discuter avec votre sage-femme, gynécologue, ou médecin, car la dépression du post-partum doit souvent être prise en charge par la médecine pour être surmontée.
  • Créer un réseau de personnes-soutiens.
  • Demander de l’aide, et attraper la main bienveillante, à l’écoute et sans jugement que l’on vous tend.
  • Vous autoriser à vous octroyer du temps rien que pour vous, vous reposer et faire des choses qui vous font du bien.

Et surtout, j’aimerais terminer par ces quelques phrases qui sont tellement essentielles à mes yeux :

  • Vous n’êtes pas seul(e). Il y a de nombreux parents qui ressentent la même chose que vous. Et il y a de nombreuses personnes qui peuvent vous écouter et vous accompagner.
  • Vous n’avez pas à avoir honte. Rien de tout cela n’est votre faute. C’est tout à fait normal de trouver l’arrivée d’un bébé, le post-partum, la fatigue, la pression sociale, et tout ce que cela peut entraîner, difficile.
  • La dépression du post-partum ne fait pas de vous de vous une mauvaise mère ou un mauvais père.
  • Demain est un autre jour. Cela vous paraît insurmontable aujourd’hui, mais vous êtes fort(e), mais cela sera bientôt derrière vous. Et à ce moment-là, vous serez fier(e) du chemin parcouru, et de toute la force et tout le positif qui ressortiront de cette épreuve.

    Et enfin :

Il n’y a pas de parent parfait. Vous êtes simplement le parent parfait, le meilleur parent possible, pour votre enfant.

Références :

  • CHADELAT C., MAHÉ-POULAIN M., Le mois d’or, Presses du Châtelet, p387-388-389
  • LA MAISON DES MATERNELLES, Le guide des parents épanouis, First éditions
  • TOUTIN J., Naître ici, guide de la naissance respectée en France, Mama edition, p98-99-100-101
  • www.mamanblues.fr
  • www.lemoisdor.fr

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