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La motricité libre

Si vous êtes parent, ou s’il y a des enfants dans votre entourage, vous avez très certainement entendu parler de ce concept.
Lorsque vous avez découvert ce concept, vous vous êtes peut-être demandés, ou vous avez peut-être entendu : “La motricité libre ? Qu’est ce que c’est ? Et ça veut dire quoi d’ailleurs ? Que l’enfant est libre d’aller là où il veut ? Tiens, j’ai envie d’aller me balader, j’y vais !”.


Alors, la motricité libre, qu’est-ce que c’est ?


“La liberté motrice consiste à laisser libre cours à tous les mouvements spontanés de l’enfant, sans lui enseigner quelque mouvement que ce soit.”
Emmi Pikler

Le concept de motricité libre (ou “motricité autonome”) est un principe développé par la pédiatre hongroise Emmi Pikler au milieu du 20ème siècle. A Loczy (pouponnière aujourd’hui appelée “Institut Pikler”, située en Hongrie, dont elle fût la directrice pendant de nombreuses années), elle a appliqué ce fonctionnement, auprès de plus de 700 enfants, en les laissant évoluer librement.

Elle constate alors que “l’enfant peut franchir toutes les étapes de son développement psychomoteur seul, sans apprentissage de la part d’un adulte, si on lui permet de faire ses propres expériences corporelles dans un cadre sécurisant et adapté. Mais aussi, que cette liberté donnée aux enfants leur apporte un sentiment d’accomplissement et de sécurité.

E.Pikler démontre que “sous le regard bienveillant, dans un environnement adapté à ses besoins, l’enfant va à la découverte du monde en utilisant tout son corps”.

E.Pikler décrit les différentes étapes du développement psychomoteur de l’enfant, dans un ordre chronologique précis (image en bas de l’article). Toutefois, je tiens à ajouter que chaque enfant est différent, et même s’il passera par toutes les étapes, il se peut qu’il les franchisse parfois dans un ordre différent.

Dans la lignée des travaux, d’E.Pikler, M. Forestier, kinésithérapeute, aborde dans son livre, De la naissance aux premiers pas, les principes de la motricité libre. Dans ce livre, elle propose des outils pour aider les parents à repérer une difficulté et accompagner l’enfant à la dépasser. L’approche de M.Forestier est plus “interventionniste”. En effet, elle explique que “si on intervient en allant dans le sens du mouvement naturel et inné de l’enfant, on n’entrave pas sa motricité”. Tout dépend de la façon dont nous communiquons, et dont nous accompagnons les actions et expériences de l’enfant. J’aborderai davantage cela dans un article autour de la communication avec l’enfant.


Comment mettre en pratique la motricité libre ?

  • Aménager un espace sécurisé et adapté aux déplacements “libres” de l’enfant :

    Dès les premiers mois, on peut installer l’enfant au sol, sur le dos, sur un tapis rigide et confortable avec différents jeux (mais pas trop) disposés autour de lui, qui lui donneront envie d’explorer.

    “Déplacements libres” et “sécurité” ne vont parfois pas ensemble dans une maison, dans un espace de vie où il y a du passage et des zones “dangereuses” pour l’enfant. J’ai alors pensé à un outil, qu’il peut-être intéressant d’utiliser, si celui-ci vous convient.

    Afin de sécuriser l’espace, il me paraît envisageable d’utiliser des “barrières”, afin de permettre à l’enfant d’explorer, tout en étant en sécurité. Ces “barrières”, si elles sont sécurisées et adaptées au développement de l’enfant, lui permettront aussi de franchir les étapes pour se mettre debout. Cette technique peut-être utilisée lors des moments où vous devez vous occuper du repas, des autres enfants, et où vous souhaitez laisser votre enfant jouer et explorer en toute sécurité. Dans les moments où vous êtes plus disponible, vous pourrez alors ouvrir les “barrières” et permettre à votre enfant de se déplacer davantage, sous votre regard bienveillant et sécurisant.
  • Accompagner l’enfant, par une posture bienveillante et sécurisante :

    Pour explorer, se déplacer, attraper les jouets, expérimenter, l’enfant a besoin de sentir en sécurité affective. Le rôle de l’adulte est alors de lui apporter cette sécurité affective, d’être le “porte-avion”, dont il a besoin. Par son regard, ses mots, son sourire, l’adulte encourage l’enfant, partage sa joie, sa fierté lorsqu’il fait une nouvelle expérience, en accompagnement ses difficultés, sans faire à sa place. Grâce à cela, l’enfant prend confiance en lui, et en ses capacités.

  • Ne pas mettre l’enfant dans une position dans laquelle il ne sait pas encore se mettre de lui-même :

    E.Pikler explique que “l’enfant n’est jamais mis dans une position dont il n’a pas acquis le contrôle lui-même”.
    C’est pour cette raison, qu’il est donc déconseillé d’asseoir un enfant et le “caler” avec des coussins ou sur une chaise, s’il ne sait pas s’asseoir lui-même.
    Pour la même raison, il est déconseillé de faire marcher un enfant en lui tenant les mains. Lorsque l’enfant est tenu par les deux mains par un adulte placé derrière lui, ses bras sont levés, et il lui est donc plus difficile de trouver son équilibre.


  • Proscrire l’utilisation du trotteur :

    Le trotteur (appelé aussi yoopala) ne favorise pas la marche, comme l’on pourrait le croire. “Lorsqu’il est assis dans le trotteur, l’enfant est maintenu debout, dans une position qui n’est pas naturelle, et qui peut être source de tensions émotionnelles et musculaires. De plus, l’enfant ne voit pas où il pose les pieds, il ne prend pas appui sur eux, et n’a donc pas conscience des conséquences de ses mouvements, ce qui peut avoir un impact sur la construction de son schéma corporel.”
    Pour favoriser la marche, on peut peut privilégier à la place l’utilisation de “pousseur”.


  • Limiter l’utilisation du transat :
    Parce qu’il empêche l’enfant de se mouvoir librement, il est conseillé d’utiliser le transat avec modération et lors de courtes périodes (prise de repas, digestion, ou autres situations).

  • Laisser l’enfant pieds nus, ou bien si ses pieds doivent être couverts, utiliser choisir des chaussons ou chaussures à semelles souples qui contraignent le moins possible le mouvement des pieds.

  • Mettre à l’enfant des vêtements amples et souples qui n’entravent pas ses mouvements.

Oui, mais….

  • La position “sur le ventre” dans tout ça ?

    Des études récentes démontrent les bénéfices de la position “sur le ventre”, notamment pour prévenir la plagiocéphalie (tête plate). Ces études conseillent de mettre les bébés sur le ventre de dix à 15 minutes au moins trois fois par jour. Certains pédiatres, osthéopathes et kinésithérapeutes ont repris ces conseils.
    Sonya Conté, ergothérapeute, explique que « La position sur le ventre permet plein de choses. Elle permet de renforcer les muscles du cou et des bras, mais aussi de favoriser le développement visuel. Quand l’enfant commence à ramper, cette position lui permet de développer la coordination des deux côtés de son corps. ».
    Toutefois, lorsqu’un bébé est installé sur un tapis à plat ventre alors qu’il n’a pas acquis la position, la mise en mouvement peut être plus difficile pour lui. Pour commencer, on peut alors pratiquer cette position en peau à peau, à plat ventre sur le corps du parent, en portage, ou durant quelques secondes au moment du change.
    Cette pratique n’est ni interdite, ni obligatoire. Je suis convaincue que le parent sait ce qui est le mieux pour son enfant, et qu’il peut choisir de l’installer, ou non, dans cette position, en fonction de ses ressentis.
  • Est-il possible de pratiquer la motricité libre tout en pratiquant le portage physiologique ?

    Portage et motricité libre vont tout à fait de pair. J’aborderai cela plus en profondeur dans mes articles sur les bienfaits et la pratique du portage physiologique.

  • Et si je n’y arrive pas ?

    Il peut parfois être difficile de mettre en pratique tout les outils cités plus haut, parce que l’on est fatigués, parce que notre enfant pleure beaucoup lorsqu’il est allongé, et pour de nombreuses autres raisons qui sont tout à fait compréhensibles.
    Il n’y a, à mes yeux, pas de “méthode” à suivre à la lettre, ni d’évaluation si vous ne suivez pas tel ou tel point. C’est à vous de piocher ce qui vous convient, et ce qui ne vous convient pas, dans chaque fonctionnement.
    Vous connaissez votre enfant et savez ce qui est le mieux pour lui. Je partage aujourd’hui avec vous ces outils, les apports d’E.Pikler et des professionnels qui l’ont succédée, afin de vous permettre de vous questionner, et de choisir les outils qui vous correspondent le mieux, à vous et à votre enfant.

  • Mon bébé a un RGO (Reflux Gastro-Entériques) :

    Si votre bébé a un RGO, vous pouvez lire cet article : https://babymat.fr/blog/bebe-rgo-et-motricite-libre/

Quelques affiches pour résumer

Références

www.bougribouillons.fr
EPSTEIN J., RADIGUET C., L’explorateur nu – Plaisir du jeu – Découverte du monde, Editions universitaires, 1999
FORESTIER M., De la naissance aux premiers pas – Accompagner l’enfant dans ses découvertes motrices, Editions Eres, 2011
www.lesprosdelapetiteenfance.fr
www.naitretgrandir.com
www.babymat.fr
www.paroledemamans.fr
www.mamanvogue.fr

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